Instagram VS la réalité : ma vie de backpacker

Instagram est partout. Tout devient excuse à immortaliser et à partager en ligne, de l'açai bowl sur une plage de Californie à la pose la plus originale au bord de dangereux rochers lors d'une randonnée en Indonésie. On en est tous plus ou moins conscient, et chacun a sa propre expérience du réseau social. Malgré les nombreux côtés positifs que Instagram proposent, les mêmes questions reviennent souvent; vivons-nous vraiment et pleinement le moment présent ? N'analysons-nous pas chaque instant afin de trouver le meilleur moment pour l'immortaliser et le partager en ligne ? Pourquoi avoir la plus belle photo, la plus originale est-il devenu si important ? Et pourquoi avoir ce besoin de le montrer au monde entier ?

Tous ces changements générationels m'ont passionné pendant un moment, le sujet de mon mémoire de Master fut même "l'influence d'Instagram sur les voyageurs solo". Autant dire que pendant des mois, Instagram était devenu mon quotidien à décrypter et analyser les comportements des utilisateurs.

Moi-même, j'ai été embrigadé dans ces habitudes connectées presque obsessionnelles. Soyons honnête, qui n'est pas flatté par une centaine de 'likes' sur ces photos, par un nombre de 'followers' qui augmente tous les jours sur son profil ou par des commentaires positifs ?

Aujourd'hui, après mon voyage en Océanie et en Asie, je continue à m'interroger. Poster des photos de mon voyage n'était pas 'nécessaire', mais je le faisais par envie, quand un paysage me plaisait ou qu'un moment était magique, j'étais contente de le partager. Si tu cliques sur mon Instagram, tu vas surement penser que le voyage fut magnifique, que je n'ai vu que de beaux paysages, et que je me réveillais tous les matins avec des étoiles dans les yeux. C'est ça, le problème d'Instagram. C'est que notre égo nous fait poster que le positif, le beau, les moments géniaux, et il est trop facile de croire que l'expérience fut incroyable et sans soucis.

Ce n'est pas ce que j'ai envie de montrer ici. Je n'ai pas envie de me restreindre à créer un joli 'feed' Instagram pour attirer de nouveaux followers mais j'ai plutôt besoin de montrer ce qui se cache tous les jours derrière ces belles photos. J'ai récemment répondu à une interview de Dominique de Aventure Nature où je raconte brièvement mon aventure en Nouvelle-Zélande, car pendant 5 mois

Mon voyage en Océanie et en Asie n'a pas été parfait

Non, tous les voyages sont différents. Toutes les expériences, les personnes et les moments le sont, et c'est ce qui en fait la richesse, c'est ce qui fait que nous nous en souviendrons toute notre vie. On a tous des failles, et chaque voyage en a aussi. Durant ce voyage là, l'idée m'est venu d'immortaliser non seulement les beaux paysages, mais aussi mes moments de mon quotidien et de galère, les moments 'behind the scene', derrière la caméra, ceux pas très jolis qu'on osera jamais poster sur Instagram, mais aussi les moments culturellement typiques que je n'aurai jamais vécu sans sortir de ma zone de confort. Ces moments là sont ceux que je me souviens aujourd'hui lorsque je rencontre l'adversité, parce que je sais à quel point j'ai pu me dépasser.

 

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Le curry 'Instagramable' de Temple à Siem Reap était certes délicieux, mais pendant 1 mois, mes repas au Cambodge ressemblaient réellement aux photos en dessous. C'est une des choses que j'ai le plus adoré là bas. D'excellents fried rice locaux et des discussions avec des Cambodgiens curieux de ton voyage sur des chaises de dinette.. Et il y a ce jour que je me rappellerai toujours; après 1 semaine et demi passée à Phnom Penh et de nombreux repas savourés dans ma rue préférée de street food et des marchants cambodgiens qui connaissait ma tête par coeur, je vais dire aurevoir à un couple de locaux qui m'avait offert auparavant de la viande grillée. Après un long aurevoir et des mains serrées, je repars avec en cadeau deux mangues..  Ce moment m'a particulièrement touché car tous ces gens vivent de rien, galèrent tous les jours avec leur gazinière ambulante, leurs enfants aussi jeunes qu'ils soient les aidant à la restuaration et cependant, ils ont le coeur rempli de générosité.

Réalité

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Durant le roadtrip, j'ai pu admirer de magnifique coucher de soleil derrière nous sur les route australienne avec ma chanson préférée en fond, et c'était magique !

Mais ces instants n'ont dû arriver que quelques fois en 1 mois. Mon quotidien un peu plus rustre, c'était les températures qui pouvaient atteindre plus de 43°C à certains endroits, l'air étouffant irrespirable, et qui ne descendait pas en dessous de 30°C la nuit. Dormir sur les sièges avant de la voiture, durs et étroits avec un telle température, c'était aussi un gros défi !

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Sur la montagne, la mer ou dans les champs à la campagne, les superbes coucher de soleil en Nouvelle-Zélande, j'ai eu la chance d'en admirer pleins.

 

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Derrière ce cliché d'une belle cuisine ombragée par les dernières lueurs du soleil avant la nuit à travers la fenêtre n'est pas le reflet d'un luxueux Airbnb que nous nous avons offert. Sous les gazinières se trouvaient de magnifiques cafards, dans le cabanon infecté d'insectes du lit au plafond nous n'avions pas les moustiquaires assez grandes pour couvrir tout le lit poussiéreux, et la douche (froide) se faisait à l'extérieur entre les débrits d'objets bons pour la casse. Malgré ça, nous avons eu la chance que la maori nous accueille dans son jardin pour profiter du minimum nécessaire entre deux journées de travail de ferme, et c'était bien mieux que rien du tout.

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Le roadtrip en NZ m'a fait vivre des moments magiques et m'a permis de voir de superbes paysages : voir des dauphins nager alors que nous sommes coincés dans les bouchons au bord de la mer, déjeuner face à un magnifique lac bleu entouré de ses montagnes, conduire sur des routes désertes avec de magnifiques fjords, profiter de la 90 miles beach que pour nous, rencontrer des otaries à nos pieds au petit déjeuner...

Mais derrière ces magnifiques images qui font rêver se cache ma réalité, celle que j'ai vécu pendant plus de 3 mois en NZ, celle que personne ne montrera sur Instagram et Facebook. Nous avons vécu à l'arrière de ce 4x4 pendant plus de 3 mois. Collés serrés, il fallait dormir sur le matelas en mousse en travers pour pouvoir allonger nos jambes mais chaque mouvement réveillait l'autre.

Nous n'avions que notre sac à dos de vêtements et 3 caisses en plastique pour vivre : une caisse de nourriture, une d'ustensiles de camping, et la dernière d'hygiène et nettoyage. Quelques accessoires, comme nos 2 chaises pliantes, notre gazinière et nos 2 moustiquaires, nous apportaient un peu plus de confort.

Quand nous étions trop loin de grande ville pour utiliser les toilettes du Mac Do et qu'il n'y avait pas de toilettes publiques, il fallait jeter l'eau des pâtes, faire la vaisselle et se laver les dents au bord d'une bouche d'égouts. Il fallait donc tout prévoir pour ne pas se retrouver plus en galère que ce qu'on était.

S'il faisait trop froid, je me réchauffais les mains collées à la gazinière. Quand il pleuvait trop, c'était repas dans la voiture la fourchette à même la boite de conserve de lentilles froides. Ça durait souvent quelques jours comme ça, alors on variait avec des petits pois ou du maïs et du thon. Quand la journée avait été mauvaise, je nous remontais le moral avec un peu de pain perdu ! Un soir vers 23h, j'ai même réussi une pizza à la poêle après une installation périlleuse !

Grâce la glacière et la température extérieure ne montant pas au dessus de 30°C, nous pouvions garder des aliments au frais 2-3 jours, mais il fallait sans cesse penser à comment ne pas gaspiller.

L'unique douche du Airbnb qu'on pouvait se payer tous les 15 jours était remplacée quotidiennement par des lingettes pour bébé et le savon des toilettes des fast-foods.

Le matin, il fallait déguerpir au plus vite pour ne pas se faire repérer et prendre une amende par les rangers, ce qui a faillit arriver au moins 3 fois. Quand nous étions garés le long des trottoirs et que les passants se promenaient de bon matin, s'arrêtant à côté de la voiture pour discuter avec leur voisine, il fallait retenir son souffle pour qu'aucun signe humain ne se fasse sentir, car chaque mouvement et bruit pouvait attirer l'attention et nous ne pouvions pas prendre le risque de se faire repérer pour les prochaines nuits dans la région.

Toutes les photos "Instagram" sont belles et bien sur mon Instagram perso (que tu peux retrouver ici d'ailleurs). Mais ces belles images ne reflètent pas le quotidien que j'ai vécu pendant plusieurs mois. Je pense qu'il est de la responsabilité de chacun de se rendre compte que le contenu publié en ligne est soigneusement choisi et édité pour s'aligner aux "feeds" et thèmes linéaires en faisant bien abstraction des "backstages".

Chacun choisi sa manière de voyager, chacun choisi son expérience et la manière dont il souhaite la vivre mais aussi chacun choisi ce qu'il a envie de partager en ligne ou non. Je pense qu'aujourd'hui beaucoup de choses sont prises bien trop pour acquises : on associe une photo d'une personne tout sourire sur une belle plage à "il passe les plus belles vacances de sa vie, tout va bien pour lui", ou encore une photo de quelqu'un au bord d'un rocher géant sautant les bras en l'air à "quel aventurier, il a découvert ce lieu unique"... Mais si on cherche bien, derrière ces photos se cachent énormément. Cette personne souriante sur la plage est peut-être elle aussi en plein dans son défi de "vivre avec le minimum" pendant plusieurs mois et cet aventurier sur ce rocher a peut-être fait 45min de queue après une rando de 6h pour prendre cette photo qu'on croit "si exceptionnelle" (c'est du vécu!).

Trolltunga, Norvège - août 2016

Avec le recul, je trouve mon expérience exceptionnelle et je ne l'aurais troqué pour rien au monde avec un petit appartement à Wellington ou une succession de nuits dans des Airbnb 3* (bon, à part quand il faisait 10°C à Nelson, qu'il pleuvait des cordes et que je chialais ma mère qu'on avait pas de travail, lol). Aujourd'hui je suis reconnaissante à moi-même et à tous les gens qui ont fait parti de cette expérience pour m'avoir permis de vivre cela et de m'avoir mis des obstacles sur mon chemin. Se mettre parfois dans la galère, tester ses forces et ses limites, découvrir tous les jours de quoi on est capable et aussi se rendre compte du minimum nécessaire pour vivre a été super important pour avancer dans ma vie.

On le sait tous inconsciemment, on a pas besoin d'un bel appart, d'une belle voiture, des dernières chaussures de marque et du dernier iPhone pour être heureux, véritablement heureux sur le long terme.

On a besoin de gens qu'on aime et qui nous aiment, autours de nous. On a besoin de faire des choses qui nous rendent heureux, d'expériences uniques, différentes, personnelles qui nous font sortir de notre zone de confort, qui nous poussent à nous dépasser, qui nous émerveillent et qu'on profitent à 100% dans le moment présent. Et on a besoin de gratitude, afin d'apprécier ces gens et ces expériences au maximum.

 

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