L'art de voyager seule

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Voyager seule n'a pas été inné pour moi. Ça n'avait jamais fait parti de moi, je ne l'avais pas spécialement imaginé au début de mon adolescence. Je voulais à tout prix partir découvrir le monde, mais sans me soucier des difficultés et des contraintes de la vie. Je ne m'étais jamais imaginé arpenter des montagnes seule pendant des heures ou affronter mes peurs à l'autre bout du monde. Mon rêve était un peu grimé par des idées populaires, ainsi que par l'idée que 'voyager' signifiait pour moi à cette époque 'changer de pays' et 'passer 2 semaines au Club Marmara'.

Comme beaucoup de gens, j'ai été cette personne qui avait peur du regard des autres à propos de la solitude. Qui n'a jamais eu peur de se retrouver seul, avec l'appréhension que le monde autour aura les yeux rivé sur nous? Qui n'a jamais eu peur de manger seul à la cantine du lycée ou de la fac ? Peur de s'assoir seul en terrasse et boire un café ? Peur d'aller au cinéma seul ? Et même accompagné d'un livre, peur d'être assis seul sur un banc, dans le parc? Peur d'avoir l'air bête, peur d'avoir les yeux rivés sur soi, peur de la pitié des autres ? Toutes ces peurs liées au regard des autres ont été personnellement difficiles à surmonter une bonne partie de mon adolescence.

La société nous a habitué à vivre 'ensemble', mais n'est-il pas tout aussi important d'apprendre à vivre seul, vivre pour soi, sans se soucier de l'avis des autres avant tout? Non, je ne parle pas ici d'égoïsme ni d'égocentrisme mais de quelque chose qui est universel, la solitude, et de quelque chose dont la plupart des humains de cette planète ont également peur : voyager seul.

Dans la vie, on traverse tous des périodes difficiles avec des obstacles à surmonter dans tous les domaines, du familial au professionnel, de l'amical au sentimental... On a tous besoin à un moment ou à un autre de prendre du recul, de se retrouver seul un instant pour réfléchir. Mais parfois, pleurer un bon coup sur son lit ne suffit pas. On a besoin d'air, de distance, de distance réelle. On se sent oppressé. On regarde toutes ces vidéos de motivation sur Youtube, ces photos Instagram qui nous donnent des envies d'ailleurs, on se plaint de notre routine. On a besoin de voir autre chose, de comprendre quelle est sa place dans ce monde, de se challenger et de faire grandir cette petite flamme qui ne brûle plus assez quand la routine du quotidien l'emporte. On a tout simplement envie de se sentir vivre.

Mon premier voyage seule, et pas des moindres je dois l'avouer, a été celui peu après mes 18 ans. Je suis partie 3 mois en Chine, sans mes parents, sans mon copain de l'époque, sans mes ami(e)s, seule. À cette époque, je n'avais pas vraiment idée de ce que voyager seule signifiait. J'étais déjà partie 'seule' en colonie de vacances des dizaines de fois, dont une à l'étranger. J'étais partie seule du cocon familial à 15 ans pour vivre à l'internat de mon lycée pendant 3 ans. Et enfin j'avais déjà entamé quelques mois de vie étudiante seule dans mon nouvel appart à quelques heures de chez mes parents. Mais en regardant bien, je n'avais jamais vraiment été seule, ni en colo, ni au lycée, ni lors de ma vie étudiante intense à Montpellier. J'avais juste coupé un certain lien avec ma vie familiale, mes repères d'enfance, j'avais seulement commencé à me débrouiller et à prendre mon indépendance.

Lorsque j'ai embarqué dans cet avion pour le sud de la Chine, littéralement seule pour la première fois de ma vie, j'ai eu cette boule au ventre qui ne m'a pas quitté pendant 22h de trajet. Je ne savais pas à quoi m'attendre. Plus les heures passaient, plus je me rapprochais de ma destination, et la réalisation que l'inconnu, bien que terrifiant, représentait un défi des plus euphorisant. Le premier vrai défi de ma vie.

Ce voyage de 3 mois a été particulièrement long, intense et difficile pour une première expérience. Le changement radical de culture et l'éloignement à été compliqué à gérer les 2 premières et 2 dernières semaines de l'expérience. Lorsque je me suis retrouvée seule petite européenne dans la campagne chinoise lors de mon expérience de spot publicitaire, j'ai réalisé pour la première fois à quel point j'étais chanceuse d'être française, d'être scolarisé et de profiter de tous les avantages que le système français offre, d'avoir ma famille et d'avoir les capacités de voyager. Ce voyage a été un tas de découvertes, mais aussi un enrichissement personnel et une grosse remise en question.

Je n'avais pas réfléchi des mois et des mois avant de partir dans cette aventure, seule à 18 ans à l'autre bout de la terre. En fait, l'opportunité s'est présenté à moi à peine 4 mois avant le départ, et je n'avais pas vraiment mesuré l'ampleur de l'expérience dans laquelle j'allais me lancer. Aujourd'hui, 3 ans après, je ressens tout sauf des regrets. Je me sens fière d'avoir surmonté les obstacles; la barrière de la langue, les stéréotypes, le changement total de culture et les différences culturelles avec les habitants, l'éloignement, les responsabilités que je devais assumer seule là bas... Et c'est aussi grâce à cette expérience que j'en suis où je suis aujourd'hui.

Être seule force à aller à l'encontre des locaux. Besoin de se repérer en ville ou juste envie de t'intéresser à telle ou telle tradition? Effectuer un premier échange envers les locaux permet souvent une vision plus rassurante du voyageur, et eux s'ouvriront plus facilement à toi une fois le premier pas fait. Je trouve que c'est une des plus belle partie du voyage. En Chine, j'ai mis plusieurs jours à m'ouvrir et à m'adapter, voire semaines. Malgré ma passion pour la culture et mes bases de chinois du lycée et de l'université, j'avais l'impression que je n'arrivais pas à me faire comprendre et à me fondre dans la masse, et ça a été très dur mentalement au début. Même si je me suis fait rapidement quelques amis français et chinois, toutes les fois où j'ai été seule pour m'acheter à manger ou me repérer a été un vrai challenge pour moi (seule dans Shenzhen par exemple). Mais c'est dans des galères comme celles-ci que je me suis ouverte aux autres, en prenant sur moi et essayant tous les moyens pour arriver à me faire comprendre. Les gens remarquent automatiquement l'effort et apprécient. Le lien se créer, puis le partage, et enfin le souvenir.

Je pense que le voyage en solo fait naître des sentiments qu'on ne soupçonne pas exister à ce moment là dans sa vie. Bons ou mauvais, ils sont décuplés, et on peut prendre le temps de les analyser sur le moment. La gratitude. La satisfaction de soi. Le sentiment de liberté. De paix et d'harmonie. La compassion. Mais aussi la stupeur, la démotivation, l'injustice, la panique. J'en passe, mais c'est vrai qu'il est assez dur de décrire un sentiment hors contexte. En fait, comme on dit, il faut le vivre pour comprendre.

Aujourd'hui et depuis, j'aime voyager seule. J'aime ce sentiment de liberté intense. J'aime ne devoir rien à personne, aller là où mon coeur me guide. J'aime partir en randonnée seule pendant 2 jours, ou simplement passer un week-end seule à visiter une grande ville. J'aime l'inattendu. J'aime rencontrer ces gens à qui je n'aurais jamais parlé si j'avais été accompagnée. J'aime prendre le temps d'apprécier les petites choses simples, les petits moments de la vie, sans me soucier du jugement des autres. J'aime me lancer des défis, découvrir que je peux surmonter mes peurs, et pousser toujours plus loin mes limites. J'aime être cette fille curieuse qui ne prends pas toujours le temps de l'être dans son quotidien.

Je pense à toutes ces fois lorsqu'on m'a demandé : "Pourquoi tu pars toute seule ?", "T'as pas peur d'être seule ?", "T'as pas peur de t'ennuyer ?"... La réponse est toujours la même. J'aime ce que je fais. Ça nourrit mon quotidien, ça me fait grandir, ça m'apaise comme ça me challenge mentalement. Je me suis détachée de ce regard des autres et de ce que les gens peuvent penser lorsque j'ai mon sac sur le dos et que je regarde ma carte. Je ne suis peut-être pas toujours au top niveau stress lors d'une présentation orale devant 20 personnes en classe, mais j'ai bâti assez de confiance en moi en voyageant seule pour ne plus avoir peur d'aller vers les autres. J'ai rencontré des centaines et centaines de personnes qui ont tous eu un impact plus ou moins long/intense dans ma vie à un moment ou à un autre. J'ai des souvenirs d'expériences humaines incroyables et de moments que je n'aurais jamais pu vivre si j'étais resté dans mon confort, avec les personnes qui m'entourent au quotidien.

Il est vrai que voyager seul ne peut pas convenir à tout le monde. Mais je pense qu'au moins une fois dans sa vie, prendre un sac à dos, partir à la rencontre d'une culture qui n'est pas la sienne, goûter des saveurs inconnues, s'émerveiller devant un paysage différent, prendre le temps de savourer chaque instant, regarder, observer, chercher, ça ne rendra pas quelqu'un plus con. Mais ça peut changer une vie.

Voyageusement,

Samantha